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Vers un mai 2018?

Vers un mai 2018?

Des plaines de Notre Dame des Landes, aux bancs des universités, en passant par les quais de gare, la France semble plongée, depuis quelques semaines, dans un climat social particulièrement tendu. Si la France n’est pas en reste dans ce genre de contestations sociales, cette multiplication de conflits au sein de différentes parties de la population semble assez originale. On peut alors se poser la question de la possible convergence de ceux-ci, dans un même mouvement de contestation.

Si de nombreuses contestations font suite aux annonces de réformes du gouvernement et du président de la République, certaines sont le fruit d’une situation dégradée depuis de nombreuses années. Prenons tout d’abord l’exemple de la SNCF. Cette entreprise mais aussi service public, est au cœur de la vie quotidienne de millions de français. Elle a longtemps été le sujet de fantasmes et idées reçues, notamment face au statut de ses employés, les cheminots. Si la réforme de la SNCF apparait comme un sujet « nouveau », des personnalités politiques ont longtemps prôné une réforme du système de fonctionnement de l’entreprise ; comme en témoigne les nombreuses évolutions qu’a connu la SNCF depuis sa création en 1937. Mais depuis peu, c’est l’influence de l’Union Européenne et sa législation sur la concurrence qui accélère ce processus, et qui poussa le gouvernement d’Édouard Philippe a proposer cette réforme. Celle-ci a notamment pour objectif la prise en charge de la dette de la SNCF par l’État, l’ouverture à la concurrence ainsi que l’évolution du statut des cheminots grâce au renouvellement mécanique de ces derniers. Face à la réforme, les cheminots ont mis en place l’action qu’on leur connait : une grève perlée s’étalant sur trois mois, assortie de manifestations dans toute la France.

Quant aux contestations de la loi VIDAL et ORE dans les universités, et au climat violent à Notre Dame des Landes, on peut aussi dire que le gouvernement actuel hérite d’une situation conflictuelle depuis de nombreuses années. Tout d’abord, le système universitaire français reste unique, car pratiquement ouvert à tout les bacheliers selon les formations, et défiant toute concurrence, au niveau européen mais aussi international, quant à son coût. Or, ce système fait aujourd’hui face à certaines limites, certaines universités sont surpeuplées et certains parcours surdemandés par rapport à d’autres, ce qui pousse les universités à introduire une logique de sélection, afin d’offrir aux étudiants, les meilleures conditions de travail possibles. Mais cette logique s’inscrit dans une vision où l’université est uniquement un lieu de formation, pour mieux réussir sur le marché du travail. Or, pour de nombreux étudiants, l’université est d’abord un lieu d’apprentissage, de développement intellectuel et personnel, qui ne devrait pas être uniquement pensé comme une fabrique à diplômes, en phase avec le marché du travail.

De même, les tensions que l’on retrouve à Notre Dame des landes aujourd’hui, sont le fruit d’une lutte qui dura presque dix ans. Si les avis divergent sur le bien fondé d’une intervention des CRS pour évacuer le site, mais aussi sur la légitimité des occupants, on peut dire que le projet de la ZAD s’inscrit dans une logique plus vaste que l’unique contestation du projet d’aéroport. On peut penser à la contestation dans les années 1970, de l’extension d’un camp militaire dans le Larzac. Le conflit s’était aussi étendu sur plusieurs années et avait participé à la convergence de différents groupes d’opposition. Dans ces deux mouvements, on retrouve la même opposition entre l’État et les revendications écologistes de certains agriculteurs ou autres citoyens porteurs de projets innovants.

Toutes ces revendications (et j’en passe certaines, notamment celles que l’on peut retrouver dans les hôpitaux et services d’urgences ou encore chez les motards et automobilistes s’opposant à la nouvelle régulation de la vitesse à 80km/h sur les routes nationales) ont un point commun: elles remettent en cause le rôle de l’État, qui semble mettre en péril le modèle français de service public. L’Union Européenne, dont l’influence se fait de plus en plus ressentir dans notre vie quotidienne, joue un rôle primordial dans cette logique. De plus, les interventions récentes d’Emmanuel Macron à la télévision n’ont pas permis de convaincre et d’apaiser les tensions.

Un « hasard » de calendrier nous rappelle que le mois prochain nous commémorerons le 50eme anniversaire des événements de mai 1968. Si les revendications et le contexte ne sont pas les mêmes, ces évènements ont un écho particulier au moment où tous ces mouvements pourraient s’unir, afin de contester l’action gouvernementale collectivement. Edwy Plenel le rappelle à Emmanuel Macron lors de son entretien télévisé le 15 avril, celui-ci se doit avant tout d’unir la population française et non la diviser.

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