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Violence des extrêmes ou extrême violence ?

Violence des extrêmes ou extrême violence ?

Qu’est-ce qu’un « extrême » ? Extremus en latin signifie d’abord « à l’extrémité », soit l’idée d’être au bord de quelque chose, aux bornes de sa définition : pour la politique donc, le terme qualifie les opinions les plus radicales, à droite comme à gauche. On tend facilement à associer l’extrême et une certaine forme de violence et d’intolérance, bien qu’être extrême ne soit pas synonyme d’être extrémiste. L’Histoire leur a fait mauvaise presse : on se souvient bien sûr de la barbarie nazie, mais aussi des violents attentats anarchistes au XIXe et des agitations communistes du XXe siècle. Il paraît de plus dans l’intérêt de l’Etat d’amplifier l’image violente des extrêmes afin de ternir leur image et ainsi de les discréditer.

Les groupuscules d’extrême droite ont connu une forte ascension ces dernières années du fait du contexte économique et politique : la crise, la montée de l’intolérance et de la peur de l’étranger, tout cela incite au repli identitaire, à une défense exacerbée de ses valeurs, au rejet de l’autre pour se protéger soi-même. On garde encore en tête les manifestations anti-mariage pour tous, et les propos homophobes et violents qu’elles ont suscité, pour ne citer que le « Hollande veut du sang, il en aura ! » de Frigide Barjot. La réaction est aussi vieille que l’humanité-même. Le contexte est cependant différent aujourd’hui, et la violence ne s’exprime pas de la même manière en 2013 qu’il y a vingt ans. Les réseaux sociaux ont « accompagné » le déferlement d’intolérance : la possibilité d’exposer anonymement ses idées et opinions politiques change la donne. Rien ne prouve que la société soit devenue plus violente, mais sa violence s’exprime plus librement. Les appels au combat et la violence fleurissent sur le Net et sont vus des milliers de fois par des esprits parfois encore jeunes, très malléables, et le plus souvent inconscients des véritables enjeux. Sans oublier la banalisation de l’apparition de groupuscules extrême-droite dans les médias, placés sur le même plan que les manifestants du Mariage pour Tous, ou encore la présence de leurs représentants comme Serge Ayoub (JNR). Comment s’étonner alors d’une poussée de la violence, surtout chez les jeunes ?

L’affaire Clément Méric est emblématique de ce problème épineux : agression et mort d’un militant antifasciste de 18 ans par des membres d’un groupe extrême droite Jeunesses Nationalises Révolutionnaires (JNR), en pleine rue de Paris, à l’heure où le quartier Saint-Lazare grouille de monde. La violence s’expose en plein air, en plein jour. Les réactions à cette agression ont été très vives, dans le bon comme dans le mauvais sens. Plusieurs rassemblements ont eu lieu dans Paris pour exprimer un soutien mais également la demande de la dissolution de groupuscules d’extrêmes-droites radicaux. Mais est-ce que les interdire ne va pas rendre plus sourde, plus effacé peut-être mais pas moins dangereuse un extrémisme qui grandira d’autant plus qu’il se considéra comme brimé ?

« De toute façon, on ne contrôle déjà pas ce qui se passe » répond un étudiant à Sciences Po ami de la victime et interrogé à ce sujet. « Les interdire permettra de les arrêter avant qu’ils ne commettent des actes de violence« . Autorisés ou non, les groupuscules extrémistes sont toujours difficiles à cerner par les politiques, mais interdire leur formation rendrait plus difficile leur formation et leur organisation et participerait peut-être à les affaiblir. Et l’extrême gauche ? « Les groupuscules antifascistes font le travail de l’Etat ne fait pas, à sa façon. Bien sûr les méthodes ne sont pas approuvables, mais il y a une vraie différence de légitimité au niveau idéologique entre les groupes extrême-droite et extrême-gauche. On ne peut pas autoriser le néonazisme aujourd’hui. »

Il serait cependant trop facile de pointer du doigt uniquement l’extrême-droite et tomber dans le manichéisme. Il est naturel qu’après un tel drame, les propos se radicalisent sous le coup de l’émotion et qu’il y ait une forme de « récupération » de l’évènement par l’extrême-gauche contre l’extrême-droite. Le dialogue doit être préservé. Pour éviter un nouveau drame, la médiation semble plus que nécessaire. Ce malheur aura au moins entraîné une réflexion sur la place de l’extrême en France, sa légitimité, ses différences… La révolte contre un système doit être basée sur une réflexion et la confrontation de différents points en évitant le refus de l’autre. N’est-ce pas ce rejet de l’autre qui est justement reproché à l’extrême-droite ?

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Etudiante en troisième année à Sciences Po Lille

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