Salut ! Salut !

Zone euro et néolibéralisme à visage humain

Économie / Récents / 18 juin 2015

On ne l’espérait plus. C’est Pierre Bérégovoy qui le premier, en janvier 1991, a mis en avant la nécessité d’assortir à la création d’une monnaie unique en Europe de véritables institutions politiques aptes à l’encadrer. Mais, face à une première opposition des Allemands et à la posture consensuelle du président Mitterrand, on a laissé la zone euro se développer tel un enfant sauvage, on a laissé la bête grandir. Les Français se sont depuis heurtés constamment au mur qu’ont érigé les ordo-libéraux allemands, à chaque fois qu’ils ont réaffirmé cette nécessité, que ce soit à travers la voix de Nicolas Sarkozy en 2008 ou à travers celle de François Hollande en 2013. Il aura fallu une crise pour convaincre que nécessité fait loi, face à la crise qui gangrène l’économie des pays européens depuis déjà cinq ans. Pour la première fois, l’Allemagne paraît convaincue.

Réguler la zone euro

Fin mai, le couple franco-allemand, plus soudé que jamais, a envoyé au président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker une lettre dans laquelle il appelait à la création de véritables instances de régulation de la zone euro. Le but affiché était un « meilleur dosage des politiques économiques pour le renforcement de la croissance, de la compétitivité, de l’emploi et des finances publiques de la zone euro ». Le plus étonnant : voir la croissance figurer en tête des priorités, dans un espace économique où la psychorigidité budgétaire et financière régit depuis près de trente ans les politiques économiques au détriment de l’emploi. Les finances publiques ne décrochent que la dernière place : une prise de conscience du fait que le meilleur moyen de creuser les déficits publics est de couper la dépense publique, entraînant les économies, surtout les plus fragiles, sur la pente de la récession ? La chancelière et le président misent sur une coopération économique renforcée qui se ferait d’abord au sein de l’Eurogroupe, réunion mensuelle et informelle des ministres des Finances de la zone euro. Une réflexion institutionnelle nécessaire pour ne plus se contenter de compter les chiffres après la virgule des malheureux taux de croissance. Le document recommande de « favoriser la convergence réelle des économies de la zone euro » en renforçant le marché intérieur, en harmonisant l’assiette fiscale de l’impôt sur les sociétés, en développant la lutte contre l’évasion fiscale et en instaurant un socle social commun. La critique de gauche de l’euro a montré combien cette monnaie unique a été élaborée dans une hâte nocive, frappée alors de la « malfaçon » que pointe du doigt l’économiste et sociologue Frédéric Lordon, sans aucune régulation, sans harmonisation des politiques économiques de pays aux situations extrêmement diverses. La zone euro ne s’était pas préparée aux chocs asymétriques, aux inégalités entre les pays membres. Cette erreur de calcul se révèle maintenant monumentale face à la crise des dettes souveraines.

Montrer patte blanche

Une politique d’expansion monétaire de la Banque centrale européenne, des discussions discrètes sur la taxe Tobin européenne, maintenant une éventuelle régulation de la zone euro… Que se passe-t-il en Europe ? Les dirigeants se remettraient-ils en question après des années d’erreurs dont les citoyens européens ont fait les frais ? Difficile à croire quand, parallèlement, l’Europe sous les auspices du Fonds monétaire international s’applique à intimider le nouveau gouvernement grec, lui intimant de poursuivre une politique économique qui a enfoncé les pays européens dans la récession et dans des niveaux d’inégalités inédits, politique contre laquelle la démocratie a investi le gouvernement d’Aléxis Tsípras. Dépassés sur leur droite par les nationalistes et les populistes, sur leur gauche par des mouvements dont certains portent un véritable projet alter-européen, celui d’une Europe sociale, écologique et démocratique, les dirigeants libéraux européens veulent montrer patte blanche, montrer qu’ils peuvent faire preuve de flexibilité, sur certains sujets en tout cas. Ne plus se borner à croire qu’un espace économique peut être unifié lorsque dix-neuf pays mènent dix-neuf politiques économiques différentes. Le projet pourrait même accoucher d’un ministre des Finances et d’un Parlement de la zone euro, instaurant pour la première fois un contrôle démocratique sur la politique économique de la zone euro.

Trop tôt pour espérer

Pour Pascal Riché de L’Obs, « il est bien trop tôt pour parler de bonne nouvelle ». Le projet doit être examiné par les institutions européennes dans le courant du mois. Il faut rêver, mais pas exagérément. « L’Europe sociale est une rengaine que l’on entonne périodiquement depuis trente ans pour faire patienter les mécontents d’une construction européenne trop libérale », fait remarquer Catherine Quinet, maître de conférence en économie à Sciences Po Lille. Et ce serait bien l’enjeu d’une telle refonte des structures de la zone euro : faire croire qu’une Europe fondée sur des principaux néolibéraux peut aussi se montrer sociale. Quelle que soit l’issue que les dirigeants européens donneront à cette initiative franco-allemande, il y a de toute façon fort à parier que la transparence ne sera pas au rendez-vous : même si la volonté était là, l’Europe souffre toujours d’une absence complète d’espace public européen, pilier essentiel d’un système démocratique, à commencer par des médias européens bénéficiant de subventions publiques.


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Tim de Rauglaudre




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